Rien n'a changé, tout a survécu aux affres du temps. J'entends dehors les percussions vocales d'une jeunesse loin d'être incendiée par sa propre descente, de cette odeur citronnée qui attaque sa destinée.
Les contraires s'accordent, les pôles négatif et positif s'attirent, la frontière entre le bien et le mal est plus fine qu'un simple cheveu. Pourtant, on cherche sans arrêt une idylle. On n'attend que de trouver l'utopie. Vous n'êtes plus les seuls à penser que la perfection existe, qu'elle n'est pas si loin de vous. Pourtant, la modestie humaine pousse à la croire impossible, irréalisable et incroyable.
On s'enferme dans des clichés, dans des amours impossibles, jusqu'à s'enfermer sur soi. On oublie presque de vivre. J'ai appris à ne me préoccuper que du présent, à force de temps. Ce temps qui me joue des tours d'une malignité angélique. Tout change, vous savez... Même l'inchangé.
Au niveau supérieur, j'accentue le mouvement provoqué par tant de traîtrise, par tant de mésquinité et de villitude résistante. Et je m'apostrophe à mon tour...
La preuve : c'est la seule chose qui me reste de cette année mémorable ;
Noir comme le vide, noir comme l'esprit des erreurs passées ; la noirceur du coeur d'un bourreau face à la pureté de son âme, noir comme le navire de plomb sur lequel je m'évade. Joies incessantes, noires comme la vie, noires comme la sobriété des quelques pages de mémoire. N'a-t-on jamais soulevé la question de la noirceur de l'art, des milles facettes de jais qui s'opposent à Dieu?
Noir strident, noir au parfum d'encens et d'amour. Noir coloré, noir d'écrits, noir immaculé d'une sordide création, noir comme les nuages qui peuplent mes sens. Ces noirs ethniques et purs, synthèse sélective d'or et d'argent, système paradoxal de l'amour ivre de mots, figés dans la noirceur de tes mains. Le noir aime le paradoxe. Et le paradoxe me fait fuir, tel une colombe dont la noirceur me fait frémir. Je cherchais autrefois à me garder de la noire naissance de notre amour exquis ; je me nourris à présent de ce mouvement où noirceur rime avec bonheur, où toutes les pensées dissoutes dans l'or noir font la surprise des éducateurs..."
Sans qui tout ça ne pourrait prendre un goût de rêve.



